Gérer le stress : et si l’objectif n’était pas de le faire disparaître ?
À l’occasion d’un article consacré à la sophrologie et à la gestion du stress, publié dans Echo Magazine le 20 août 2026, la journaliste Maÿlis Voirol m’a interrogée sur ce que la sophrologie peut apporter lorsque le stress prend trop de place dans notre quotidien.
L’article, intitulé « Respirer pour gérer le stress », rappelle une distinction essentielle : le stress n’est pas, en lui-même, quelque chose qu’il faudrait systématiquement chercher à supprimer.
Cette question mérite que l’on s’y arrête.
Le stress : quelque chose à combattre ?
Le stress est d’abord une réaction d’adaptation.
Face à une situation perçue comme exigeante, incertaine ou menaçante, quelque chose se passe en nous : le rythme cardiaque peut s’accélérer, la respiration se modifier, certaines parties du corps se tendre, l’attention devenir plus étroite ou plus vigilante.
Avant même de chercher à changer ces manifestations, nous pouvons commencer par les percevoir.
Qu’est-ce qui se passe pour moi, ici, maintenant ?
Cette question est très différente de : comment faire pour ne plus être stressé ?
Elle ne présuppose pas ce que nous devrions ressentir.
Elle ouvre un espace d’observation.
Et c’est souvent là que commence le travail sophrologique.
Respiration et stress : observer avant de vouloir changer
La respiration occupe naturellement une place importante en sophrologie.
Mais respirer n’est pas une recette.
Il ne s’agit pas nécessairement de respirer « correctement », plus profondément ou plus lentement. Il peut simplement s’agir, dans un premier temps, de rencontrer sa respiration telle qu’elle est.
Sentir l’air.
Percevoir le mouvement qu’elle produit.
Découvrir où ce mouvement se manifeste dans le corps.
Une poitrine qui se soulève.
Un ventre qui bouge à peine.
Une sensation au niveau des narines.
Une température.
Un rythme.
Un ventre qui bouge à peine.
Une sensation au niveau des narines.
Une température.
Un rythme.
Peut-être une tension.
Peut-être autre chose.
Peut-être autre chose.
Sans avoir immédiatement besoin de nommer, d’expliquer ou de modifier ce qui apparaît.
Revenir ainsi à l’expérience corporelle permet parfois de retrouver ce que le stress tend à réduire : notre disponibilité à ce qui est réellement en train de se passer.
Faire l’expérience avant de l’interpréter
La sophrologie s’inscrit notamment dans une approche phénoménologique.
Derrière ce terme se trouve une proposition très concrète : revenir à l’expérience telle qu’elle se présente, avant de vouloir l’expliquer, la juger ou la faire entrer dans une catégorie.
Que puis-je percevoir ?
Qu’est-ce qui apparaît lorsque je porte mon attention sur mon corps, ma respiration, mes sensations ?
Il n’y a pas de « bonne sensation ».
Pas davantage d’obligation à se sentir calme, détendu ou positif à la fin d’un exercice.
Ce qui est vécu constitue le point de départ.
Repérer et mobiliser ses ressources
Dans l’article d’Echo Magazine, j’évoque une autre dimension essentielle de la pratique :
« La sophrologie permet de repérer puis mobiliser ses ressources face aux situations du quotidien. »
Une ressource n’est pas nécessairement quelque chose qu’il faudrait aller chercher loin de soi.
Elle peut déjà être présente, mais momentanément difficile à percevoir.
Une capacité.
Une sensation.
Une expérience passée.
Une manière de faire face.
Un appui.
Une possibilité d’action.
Une sensation.
Une expérience passée.
Une manière de faire face.
Un appui.
Une possibilité d’action.
Il ne s’agit pas de se convaincre que tout va bien, ni de remplacer une pensée désagréable par une pensée « positive ».
Il s’agit davantage d’élargir ce que nous sommes capables de percevoir de notre expérience.
Et lorsque le champ s’élargit, d’autres possibilités peuvent apparaître.
Le calme n’est pas une finalité
On associe souvent la sophrologie au calme et à la détente.
Le calme m’intéresse pourtant moins comme état à atteindre que pour ce qu’il peut rendre possible.
Percevoir plus finement.
Prendre du recul.
Distinguer.
Retrouver une marge de choix.
Décider.
Agir.
Prendre du recul.
Distinguer.
Retrouver une marge de choix.
Décider.
Agir.
Cette distinction prend une importance particulière dans le monde professionnel.
La sophrologie ne peut pas avoir pour fonction d’apprendre à une personne à mieux supporter indéfiniment une organisation, une charge ou des conditions de travail qui la mettent en difficulté.
Elle ne se substitue ni au management, ni à l’organisation du travail, ni à la prévention des risques professionnels.
Elle peut en revanche contribuer à restaurer un espace dans lequel la personne peut percevoir plus clairement ce qu’elle vit, retrouver ses propres appuis et exercer davantage sa capacité de discernement et d’action.
Le calme devient alors un moyen, et non une fin.
Le calme au service de la décision.
Sophrologie et autonomie : une pratique qui s’inscrit dans le quotidien
La sophrologie ne se limite pas au temps de la séance.
Ce qui s’expérimente dans le cabinet peut progressivement trouver sa place dans la vie quotidienne : quelques instants d’attention à la respiration, une sensation corporelle que l’on prend le temps de percevoir, un mouvement, un temps de silence, une manière différente d’accueillir ce qui se présente.
La répétition ne vise pas la performance.
Elle permet de se familiariser avec sa propre expérience. De mieux reconnaître ce qui se passe en soi. De découvrir ce qui constitue un appui.
Et progressivement, de pouvoir mobiliser ses ressources sans dépendre de la présence du sophrologue.
C’est peut-être là l’un des enjeux les plus importants de l’accompagnement :
ne pas apprendre à ressentir ce qu’il faudrait ressentir, mais devenir progressivement plus disponible à sa propre expérience et à ses possibilités d’action.
Dans la presse
Cet article prolonge l’échange réalisé avec Maÿlis Voirol à l’occasion de l’article :
Echo Magazine, « Respirer pour gérer le stress », n°24 – Spécial Santé, 20 août 2026, p. 14-15.
Nathalie Bent — Sophrologue certifiée RNCP
Cultiver la clarté – Révéler le potentiel.
Le calme au service de la décision.
Le calme au service de la décision.